Des nouvelles des manchots
On profite à fond des derniers beaux jours car l’hiver approche doucement et on note déjà que les journées sont plus courtes et le soleil plus rare.
Il faut bien y veiller lors de nos transits entre deux « cabanes » car forcément il est fortement déconseillé de marcher la nuit.
Après une première découverte fin décembre d’une des plus grandes manchotières abritant des manchots royaux, j’ai pu profiter de 3 jours pour retourner sur le site de Ratmanoff sur la péninsule Courbet et voir l’évolution des petits de l’année.
La plage de Ratmanoff sur la côte est de Kerguelen accueille en effet tous les ans, un fantastique rassemblement de manchots royaux (Aptenodytes patagonica), venus se regrouper par dizaines de milliers le temps de l’accouplement et de la ponte.
Les couples se forment pour une année. Les plus précoces étaient déjà sur leurs œufs fin décembre, en général un seul œuf est pondu et sera l’objet de tous les soins pendant de nombreuses semaines.
Lors de mon second passage dans cette colonie, la plupart des petits étaient désormais sortis de l’œuf. Les parents veillent alternativement sur leur progéniture, l’un partant refaire des réserves de nourriture en mer pendant que l’autre tient bien au chaud le petit entre ses pattes, formant un petit édredon de plumes sur ce dernier grâce à un repli de peau.
Mais il faut grandir vite avant l’hiver et les petits sont voraces, ne laissant aucun répit aux parents qui se relaient pour le nourrir et le couver.
A chaque retour de mer, le ventre plein, l’adulte doit retrouver son compagnon pour prendre sa place et lui permettre d’aller se nourrir à son tour.
Mais qu’est ce qui peut bien différencier un manchot de son voisin ?
Afin de se retrouver, les manchots utilisent un système de communication orale grâce au chant.
Et au milieu de la cacophonie ambiante de milliers de couples chantant, ces oiseaux à « l’ouie » ultra fine, parviennent à détecter des variations infimes de fréquences dans le chant de leur partenaire : une caractéristique unique et indispensable à chacun pour retrouver son partenaire quitté parfois plusieurs semaines plus tôt.
Sur la plage, la vigilance est indispensable également.
Les œufs sont des repas faciles pour les skuas qui n’hésitent pas à se poser dans la colonie entre les adultes, pourtant sur leur défensive, pour voler un repas.
Les dangers sont multiples pour le jeune car une fois éclos, les skuas et pétrels géants restent toujours aux aguets et n’auront aucune pitié pour prélever un petit qui s’écarterait un peu de ses parents.
Et parmi les milliers de poussins de l’année, seul un petit pourcentage parviendra à survivre jusqu’ à l’âge adulte.
Les adultes ayant perdu leur petit retentent parfois une ponte tardive, mais les conditions climatiques devenant plus difficiles avec l’avancée dans la saison, la probabilité de survie est encore plus faible pour le poussin.
A côté des poussins de l’année, la plupart des jeunes âgé d’un an poursuivent leur mue à cette saison, et perdent ainsi leur pyjama marron au profit d’une tenue plus étanche, gris dans le dos, blanc sur le ventre et d’un casque d’or, couleurs qu’ils adopteront pour la vie.
Cependant, toutes ces transformations ne sont pas toujours synchronisées et certains se retrouvent dans de drôle de ‘tenues’ pendant quelques semaines… mi petit –mi adulte, ils gardent la culotte courte, et le short à Kerguelen est alors remis à la mode le temps d’une saison.
Mais il est encore temps de profiter de la belle saison, finir de muer et se préparer à affronter l’hiver dans les terres australes…d’ici quelques semaines !
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